mardi 21 mai 2013

La joueuse de Go - Shan Sa


326 pages

Résumé :
Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l'armée japonaise. Alors que l'aristocratie tente d'oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d'un autre destin. Le bonheur est un combat d'encerclement. Sur le damier, elle bat tous ses prétendants. Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu'elle, dévoué à l'utopie impérialiste. Ils s'affrontent, ils s'aiment, sans un geste, jusqu'au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l'envahisseur, qui tue, pille, torture.









Mon avis :
La joueuse de go est un roman a deux voix : on a d'une part une jeune lycéenne mandchoue et de l'autre un jeune officier japonais. C'est leur histoire que l'on suit, sans taboue et pourtant si poétique, jusqu'à leur rencontre et le final.

J'ai beaucoup apprécié l'histoire des deux protagonistes. Plusieurs sujets sont abordés, comme la guerre, l'honneur, la femme, la perte, l'amour, le sexe, tous sans taboue. Les descriptions ne cachent rien, sans pour autant être crues. Tout est emmené de manière poétique, bien que le récit soit dur. On ressent la dureté de ce qui se passe sans tomber dans le dramatique. Les chapitres sont courts, et l'écriture est fluide, on se laisse facilement emporter.
Cependant, j'ai été un peu déçue. Je m'attendais à une histoire d'amour comme dis dans le résumé, mais la rencontre entre les deux protagonistes est tardive, et on ne ressent pas vraiment d'amour, même pas une complicité. Seul un sentiment de confiance, une attirance est présente entre les deux, mais pas vraiment ce qu'on appellerait une romance. C'est certes tout de même une jolie relation qui s'installe entre la jeune mandchoue et le jeune officier, mais il ne faut pas s'attendre à quelque chose de très profond entre eux.
Le tout manque de profondeurs des personnages, des sentiments, surtout du côté de la jeune mandchoue. On sent qu'ils ressentent des choses fortes, mais la façon de raconter les atténue.
Cependant, ce manque de sentiments forts accentue la dureté du récit.
J'ai aussi beaucoup apprécié la fin, que j'ai trouvé très belle et cruelle.

Je ne dirais pas que les personnages sont attachants, dans le sens où j'ai eu l'impression qu'ils représentaient plus un genre de personne plutôt qu'un être unique. Mais ils sont intéressants à suivre.
Le jeune officier est celui qui m'a parut le plus "humain". C'est un banal soldat, qui a les sentiments que tout jeune soldat devait avoir à cet époque. Mais c'est ce côté banal qui rend ses sentiments si humain.
La jeune mandchoue quant à elle paraît, malgré sa jeunesse, déjà désabusée. Elle a quelques espoirs, mais il ne sont pas exprimé avec force. Ce manque de force de sentiment traduit cependant bien la désillusion, la résignation de cette jeune femme parmi tant d'autres.


En bref :
+ La plume de l'auteur, poétique et dure à la fois, une belle fin, des personnages vrais.
- L'histoire d'amour annoncée n'est pas vraiment présente, des sentiments atténués par la façon de les raconter.


Citations :
"Les femmes de joie ont la fraicheur furtive, semblable à la rosée du matin. Désabusées, elles sont les âmes sœurs des militaires. La fadeur de leur sentiment rassure nos cœurs fragiles. Issues de la misère, elles ont l’angoisse du bonheur. Damnées, elles n’osent songer à l’éternité. Elles s’attachent à nous comme des naufragés aux bois flottants. Il y a dans nos étreintes une pureté religieuse." p.87

"Le go oppose les êtres autour d'un damier mais leur donne dans la vie une confiance réciproque." p.144

"Entre la mort et la lâcheté, choisis sans hésiter la mort." p.166

"La passion des hommes tarit plus vite que la beauté des femmes." p.168

8/10

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