mercredi 20 novembre 2013

La grâce des brigands - Véronique Ovaldé


258 pages

Résumé :
Maria Cristina Väätonen a seize ans lorsqu'elle quitte la ville de son enfance, une bourgade située dans le grand Nord, entourée de marais et plongée dans la brume la plupart de l'année. Elle laisse derrière elle un père taciturne, une mère bigote et une sœur jalouse, pour s'installer à Santa Monica (Los Angeles). C'est le début des années 70 et des rêves libertaires.
Elle n'a pas encore écrit le roman dans lequel elle règlera ses comptes avec sa famille, et qui la propulsera sur la scène littéraire. Et elle n'est pas encore l'amante de Rafael Claramunt. Séducteur invétéré, cet excentrique a connu son heure de gloire et se consacre désormais à entretenir sa légende d'écrivain nobélisable. Est-il un pygmalion ou un imposteur qui cherche à s'approprier le talent de Maria Christina ?







Mon avis :
C'est grâce à Priceminister et à ses Matchs de la rentrée littéraire que j'ai pu découvrir La grâce des brigands, que je n'aurais sans doute pas lu sans ça. Et je dois avouer que si l'objet-livre en lui-même me donne envie de lire ce roman, j'ai était tout de même très surprise d'avoir autant accroché, et d'avoir lu le livre quasi d'une traite. Un coup de cœur que j'aurais pu facilement rater et un genre que je me découvre à aimer bien plus que prévu.


Ce roman nous emmène dans le monde de Maria Cristina Väätonen, jeune écrivaine, ex-amante du célèbre écrivain Claramunt avec qui elle est encore en contact, un peu paumé dans une vie de luxe plat. C'est à ce moment de sa vie que sa mère décide de l'appelé, mère qu'elle n'a plus ni vue ni entendue depuis des années, pour venir chercher son neveu, dont elle ignorait jusqu'à ce jour l'existence. S'ensuit alors une plongée dans les souvenirs de Maria Cristina, où elle se rappelle de son enfance, de son départ de chez ses parents et de ses débuts à Los Angeles. Puis vient Peeleete, son neveu, et sa vie va changer.

L'histoire de Maria Cristina est très touchante. Son enfance n'est pas banale, dans un village reculé, entouré d'une mère très croyante et sévère qui impose à sa famille toutes ses folies sans sens, un père gentil mais très effacé qui ne dit presque rien et ne s'impose jamais à sa femme, et une sœur qui est son opposé, jalouse et agité mais qu'elle aime malgré tout. C'est dans ce climat que Maria Cristina va grandir, privé de liberté et de sa passion pour la lecture, brimé par une famille violente et sans amour. Une petite fille qui va grandir en ne rêvant que de mort et d'évasion.
Je ne m'attendais pas à une telle enfance, à une telle ambiance, à de tels personnages. On a de la peine pour ces enfants, de la peine pour cette famille qui ne sait pas être heureuse. On espère que Maria Cristina s'en sort, que cette enfant pleine de ressources puisse un jour s'exprimer. J'ai également était touché par son père, bien qu'il soit peu présent et s'efface beaucoup.

Ainsi donc, lorsque l'occasion de partir se présente, Maria Cristina fera tout pour partir, soutenue par son père qui parle enfin, contre l'avis de sa mère. Départ qui ne fera qu'aggraver la relation de Maria Cristina et sa famille.
Elle se retrouve à Los Angeles, à l'université. Une fille de la campagne paumée, naïve, fragile et pleine d'espoir qui est très vite déçue. Elle doit se trouver un logement et finit par vivre avec Joanne, une autre étudiante. Très vite, elles vont arrêter d'aller en cours, et par l'intermédiaire de Joanne, Maria Cristina va se retrouver assistante d'une célèbre écrivain, Rafael Claramunt. Peu à peu, Cristina va découvrir le monde, perdre ses espoirs et son innocence. Lorsqu'elle écrira son premier roman qui remportera du succès, elle entrera dans un monde encore plus brutal, et c'est une femme blessée que nous retrouvons pour la rencontre avec sa mère et son neveu, pour la première fois depuis 10ans.
Cette partie est également très touchante. Cette pauvre enfant qui rêvait d'une vie meilleure se retrouve dans un monde cruel qui la bouscule, va de désillusion en désillusion pour finir blessée et désabusée. Elle tentera néanmoins de paraître et de rester forte.
Claramunt est un personnage qui la pousse à la fois à aller de l'avant et en même temps la maintient la tête sous l'eau. Il n'est pas appréciable, et voir Maria Cristina tant aveuglé par cet homme fait mal au cœur.
 Heureusement que Joanne est là, un personnage essentiel pour Maria Cristina qui la soutient sans cesse. Garland également, bien qu'un peu discret, sera un bon soutient pour Maria Cristina.

Vient enfin le moment des retrouvailles. J'attendais beaucoup ce moment, et plus particulièrement comment Maria Cristina allait s'accommoder de son neveu. J'ai été un peu déçue, j'avais imaginé son adaptation et son changement à la présence de Peeleete beaucoup plus longue, mais on a seulement droit à 55 pages. Néanmoins, je ne m'attendais pas à ce que sa vie prenne un tel tournant, ni à la présence très marquée d'une certaine personne.  Mais j'ai beaucoup apprécié ce dénouement.
Un passage m'a beaucoup touché, lorsque Maria Cristina et Peeleete rencontrent un couple lors de leur voyage. C'est très court, mais très émouvant.
Peeleete est un petit garçon adorable. Il va apporter à Maria Cristina de la chaleur et de l'amour, et leur relation est très belle.


Je ne sais pas trop comment vous parler de ce livre, si ce n'est qu'il est touchant, que les personnages sont tous marquants et complexes, qu'il se lit facilement et que j'ai adoré.

En bref :
+ Maria Cristina, une histoire touchante, un récit bien mené, facile à lire, des personnages complexes et marquants.
- La relation Maria Cristina/Peeleete trop rapide à mon goût.

Citations :
"On n'avait d'ailleurs pas le droit de prononcer le mot "amour" dans la maison si ce n'était pour évoquer celui de Notre Seigneur. Si l'amour n'était pas spirituel, il n'était qu'un échange de liquides plus ou moins malodorants, une confusion des sens ou une perte de discernement."p. 59

"Elle se dit que c'était amusant ces gens qui vous proposent des choses qu'ils ne peuvent pas tenir alors même que vous ne leur avez rien demandé."

"Il y a toujours ce moment parfait où vous détachez les cordes qui étaient nouées à vos poignets, les cordes y laissent leurs marques et leur brûlure et elles y laisseront longtemps leurs marques et leur brûlure mais quel plaisir de pouvoir regarder vos poignets, de le faire plusieurs fois par jour et de n'y voir que la trace du cordage et pas le cordage lui-même."

9/10

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