lundi 24 juillet 2017

L'enfant des sortilèges - Ulrich Stalker


  L'éducation n'épargne pas les hommes de changer de trajectoire ! Quand Mathieu délaisse les livres et la musique pour se consacrer à la médecine, ne renonce-t-il pas à ses rêves ? C'est d'un sacrifice que l'homme devient homme.

Que va devenir son ami Marc-Antoine qui n'excelle pas dans la musique ? Ne risque-t-il pas de se brûler les ailes ? Pourquoi sa professeur de français Aude Clermont représente-t-elle aux yeux de Mathieu l'illumination balzacienne ?

Lors d'un dîner avec Audrey, il ignore que l'étudiante désire s'affranchir de son éducation parentale. Le soir où il fête son baccalauréat, pourquoi n'a-t-il pas séduit Cécile ? À vingt-six ans, il devient médecin généraliste...

Quand il ausculte et rédige les ordonnances, il découvre des vies. L'artiste peintre Bernard Morin va-t-il exposer dans des galeries ? Le fils d'une patiente va-t-il lire Alexandre Dumas ? Comment un communiste renie-t-il ses idéaux ?
90 pages - Contemporain/Philosophique - 2017



Mes impressions :

Que personne ne se réjouisse trop vite. Derrière un titre attirant, se cache un roman qui ne vous fera pas passer un bon moment.


Dans L'enfant des sortilèges, on suit la vie inintéressante d'un bourgeois imbue de lui-même. Chaque chapitre est l'occasion d'une critique négative d'une personne rencontrée plus ou moins furtivement, qu'il se permet de juger sur la base d'une conversation ou de son apparence.

Persuadé d'être supérieur parce qu'il adore Sénèque, Beethoven et Eugène Delacroix, des artistes "de bons goûts" ultra-connus (ce qui manifeste d'un esprit éclairé, qui réfléchit par lui-même et se fait son propre avis), le narrateur dénigre allègrement tout ceux qui n'ont pas la culture et les goûts de ceux que l'on nomme "l'élite", la bonne culture ("Les Rolling Stones ont tué Beethoven !"). Guerre futile entre ses goûts et ceux des autres, critiques et débats enflammés... entre lui et lui-même.
Je ne parle même pas des dichotomies grossières présente dans l'histoire, entre lui-même, grand lecteur, et son frère, très sportif qui trouve les livres ennuyeux, pour exemple.
J'ai voulu marquer les pages dans lesquelles les propos du narrateur m'ont parut très prétentieux ou déplacés, mais j'ai fini par marquer la moitié du livre...

Dans le même ton, le narrateur expose ses grandes idées contre l'Etat, la politique, la démocratie, tout en dénigrant ceux qui ne sont pas parfaitement intégré à la société, lisse et sans rien qui ne se démarque.

Toutes ses réflexions intérieures sont le prétexte à une exposition de pensées philosophiques. Elles sont très nombreuses, et aucune n'est approfondie. Une ou deux pages à peine pour reprendre vaguement une idée déjà vue et revue, et développées de manière plus intéressante ailleurs.

Pour finir, dans un chapitre, le narrateur assiste à une naissance, et à la vue du bébé, il déclare que c'est "l'enfant des sortilèges". Sans raison. De quoi faire un bon titre de roman aguicheur.


En bref, je n'ai pas compris la volonté de l'auteur avec ce roman qui se dit philosophique, mais qui est juste un ramassis de clichés usés, même plus d'actualité. Il a au moins le mérite d'être rapide à lire.


jeudi 20 juillet 2017

Leur séparation - Sophie Lemp

« Ce samedi matin de janvier, ma mère m’attend à la sortie de l’école. Comme les autres jours, nous remontons la rue des Boulangers mais, au lieu de nous arrêter au carrefour, nous prenons à gauche dans la rue Monge. Je me retourne et aperçois un camion de déménagement garé en bas de notre immeuble. Ma mère serre ma main dans la sienne. Je n’ai pas envie de parler, je pense au camion, aux cartons, au salon qui demain sera à moitié vide. Je pense à mon père. Désormais, j’irai chez lui tous les mercredis soir et un week-end sur deux. Ma mère s’est organisée pour que je passe l’après-midi et la nuit chez une amie. Avant de partir, elle me dit Profite bien de ta journée, amuse-toi, essaye de penser à autre chose. Je hoche la tête mais je sais que jamais plus je ne penserai à autre chose.»

Sophie Lemp fête ses dix ans quand ses parents divorcent. Trente ans plus tard, c’est avec le regard d’une petite fille devenue adulte qu’elle revit cette séparation. Pourquoi cette blessure, commune à tant d’enfants, est-elle si difficile à cicatriser ?
100 pages - Autobiographie - 2017

Sortie officielle le 7 septembre 2017


Mes impressions :

L'enfance, ce moment d'innocence délicat pendant lequel on s'émerveille du monde. Mère, père, grand-parents, les personnes qui nous protègent et nous chérissent lors de nos premiers pas sont nos premiers amours, nos premières idoles, à travers lesquelles nous vivons.  Alors, quand arrive la destruction d'un couffin idyllique et protecteur, c'est la joie de l'enfance qui éclate et qui vous marque à jamais.


Sophie a 10 ans quand ses parents divorcent. Le point final d'un amour qui s'est éteint, deux personnes qui souhaitent se séparer pour démarrer une nouvelle vie, se reconstruire. Les séparations sont toujours un peu difficile, un peu douloureuse, spectre d'une relation qui n'a pas réussi à s'épanouir ou à s'entretenir. Parfois plus pour l'un que pour l'autre, parfois dans la joie et parfois dans la douleur. La séparation est le début d'un changement, qui n'est pas toujours attendue. Mais surtout, la séparation touche souvent plus que seulement les personnes qui se séparent.


Sophie voulait elle aussi écrire son histoire de séparation, mais de son point de vue d'enfant qui la subit sans avoir ni pouvoir y jouer un rôle. Si le divorce de ses parents signifie pour eux la fin d'un amour, pour Sophie, c'est la fin de son nid d'amour enfantin composé d'elle entouré de son papa et de sa maman. C'est aussi la fin de l'illusion que ses parents sont unis, sont un. Peu à peu, elle apprend et se souvient de ses petits moments où tout ne s'est pas bien passé, les signes de la déchirure irrémédiable à venir.


Sophie doit maintenant commencer elle aussi une nouvelle vie, deux nouvelles vies, une avec son père et une avec sa mère, qui s'évite le plus possible. Elle compose avec deux parents qui se révèlent différents l'un de l'autre, mais aussi animé d'émotions parfois positives mais aussi négatives, et qui, chacun, commence leur nouvelle vie, qui lui échappe un peu.




Sophie Lemp nous raconte à travers une plume douce et pudique ses sentiments, ses doutes et sa culpabilité d'enfant, une enfant prise dans un tourbillon qui a laissé sa marque sur la femme qu'elle est devenue, toujours triste de ne pas avoir pu réunir ses parents. Elle écrit pour les réunir à nouveau, pour se souvenir du doux cocon familial qui a bercé son enfance et qui a tout à coup disparu, à jamais.







 Merci aux éditions Allary et à Netgalley pour m'avoir permis de découvrir Leur séparation !


dimanche 2 juillet 2017

La femme nue - Elena Stancanelli



 La vie d’Anna vole en éclats quand Davide la quitte.  Incapable d’accepter la séparation, elle pirate son compte  Facebook, suit ses moindres mouvements à l’aide de son  portable, et scrute de façon obsessionnelle ses échanges avec  sa nouvelle conquête. Très vite, Anna ne dort plus et maigrit  de façon alarmante. Prise au piège dans ce vertige virtuel  de suppositions et de fantasmes, elle décide d’élaborer un  scénario implacable pour humilier sa rivale…
216 pages - Contemporain - 2017



Mes impressions :

Sous la forme d'un récit court mais non dénué de force, Elena Stancanelli nous entraîne avec La femme nue dans la vie d'une femme détruite, prise dans un tourbillon de jalousie, de haine et de technologie.


Le jour où Anna, par hasard, surprend les infidélités de son mari Davide, son quotidien éclate. Cette femme ordinaire plonge alors dans un désespoir qui la mène à des actions insensées et la détruit peu à peu. On suit les états successifs à cette rupture, de la haine de l'autre à la libération, en passant par le refus ou la perte de confiance en soi, le tout accompagné d'une obsession et d'une violence qui ne quitte jamais le personnage. 
Anna pense, repense, ressasse son vécu et sa rupture, sans parvenir à se libérer de son histoire avec Davide. Elle tombe dans l'excès, tant émotionnel que physique, car le corps est fortement lié à l'état d'esprit d'Anna. Ses périodes de manies ou de dépressions sont accompagnées d'envie, d'excitation, et d'une anorexie qui dégrade son corps en même temps que son esprit.

J'ai trouvé le personnage d'Anna terriblement vraie. Elle s'apitoie, elle est agaçante, excessive à en faire peur et totalement à côté de la plaque, ce qui peut la rendre détestable. Son obsession est au centre de tout, et nous révèle les instincts et désirs les plus malsains de l'être humain.
Anna n'est pas un personnage parfait, ni même "bon", mais elle est prête à tout pour s'en sortir, même si elle ne sait pas comment s'y prendre et qu'elle s'enfonce inexorablement. 
Une histoire banale, mais qui détruit tout quand elle vous arrive, à vous.

Un autre grand thème de ce roman est la technologie qui nous entoure aujourd'hui, et qui nous permet des dérives encore plus folles. Scruter les moindres faits et gestes de l'autre, ses nouvelles habitudes ou relations, le voir se reconstruire sans nous. S'insulter anonymement ou narguer l'autre par écrans interposés. Avoir des relations rapides, du sexe à outrance sans sentiments, dans la solitude la plus totale. Toutes ces choses qui, dans le contexte d'une rupture, nous isole et nous fait sombrer d'avantage, en nous rappelant sans cesse l’existence de l'autre et notre solitude nouvelle.



La femme nue est un roman réussi qui évoque la rupture sans détour, sans poésie et autres fioritures, dans ce que le désespoir à de plus brut et laid.





Merci aux éditions Stock et à Netgalley pour m'avoir permis de découvrir La femme nue !

vendredi 16 juin 2017

Week-end à lire - 16 au 18 juin 2017

Bonjour bonjour ! Je vous reviens, même pas pour un avis livresque, mais pour un petit challenge personnel (bouh) : Le week-end à lire.

~ Le week end à lire est un challenge proposé par la blogeuse et booktubeuse Lili Bouquine, et vous pouvez retrouver son actualité sur le groupe facebook. Tout comme le week-end à 1000, il consiste à lire un nombre déterminé de page en un week-end, du vendredi 19h au dimanche 23h59. La nouveauté est que cette fois, chacun choisit son objectif. ~

J'ai eu envie de profiter de ce long week-end trop chaud pour toucher un peu à ma PAL. Dernièrement, je ne lis quasiment que des emprunts. Ce n'est pas une mauvaise chose en soit, je découvre beaucoup de choses que je n'aurais pas eu l'intention d'acheter. Mais voilà, les livres qui me faisaient envie prennent peu à peu la poussière, et l'engouement ressenti lors de leur acquisition s'essouffle peu à peu.



Ainsi donc, pour ce premier week-end à lire, je me lance le défi de lire 500 pages de ma PAL.


Voici une première sélection, mais je m'autorise des dérogations bien sûr ;)
131 pages                                       305 page                                         512 pages

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Bilan

Je suis très contente de mon week-end de lecture. Je n'ai absolument pas touché à ma sélection, que j'avais faite à peine 4h avant le début du challenge... mais j'ai suivi mon envie et j'ai découvert Brandon Sanderson, que j'ai beaucoup aimé, et du coup j'ai sorti un pavé de ma PAL. J'aurais quand même aimé sortir au moins 2 livres, mais tant pis, je continuerais sur ma lancée cette semaine !

547 pages

547/500 Challenge réussi

lundi 5 juin 2017

Un palais de papier - Françoise Hamel



  Lorsqu’Espérance de Kerzo quitte sa Bretagne natale pour la capitale, les caisses du Royaume de France sont désespérément vides et Louis XIV a accumulé une dette colossale. Déjà. Puis le Roi-Soleil s’éteint, mais l’ardoise reste.
Cependant tout Paris bruisse du nom d’un aventurier d’origine écossaise : John Law. Car cet homme a un plan, qui aura bientôt la faveur du Régent : remplacer la monnaie métallique par des billets de papier.
Fascinée, Espérance de Kerzo entre au service de celui dont on espère qu’il sauvera le pays de la faillite. Et c’est de l’intérieur, en observatrice privilégiée, qu’elle raconte les grandes innovations et les petites manigances de cette entreprise.
Pourtant, cette jeune fille fougueuse et libre, lectrice avide aussi bien de Montaigne que du Code paysan des premiers Bonnets rouges, a toujours rêvé de liberté – et jamais de finance. Les sentiments que lui inspire le troublant John Law seraient-ils à l’origine de cette contradiction ?
352 pages - Historique - 2017




Mes impressions :

Avec Un palais de papier, Françoise Hamel nous plonge dans la vie mondaine parisienne du Royaume de France du XVIIIème siècle, dans une période troublé et agité, qui sert de cadre à un événement historique : les débuts de la monnaie-papier en France.

On suit Espérance de Kerzo, issue d'une famille modeste de Bretagne, qui va peu à peu s'intégrer à la vie mondaine parisienne et devenir l'assistance de John Law, l'homme ambitieux qui réussira, pour un temps, à instaurer un nouveau système monétaire, celui du billet.
Espérance est une femme curieuse, cultivée, maligne et indépendante. C'est par ces qualités qu'elle va s'imposer petit à petit dans les classes les plus élevées socialement, et nous embarquer avec elle. Ses interrogations, ses pensées et ses remarques, qu'elle n'hésite parfois pas à formuler à haute voix, sont une manière très intéressante d’appréhender la société toute entière et de mettre en lumière des problématiques (lutte des classes, esclavage, féminisme) qui étrangement, sont toujours actuelle. L'héroïne est une vraie force dans ce roman, agréable à suivre et instructive.
Le sujet principal est, quant à lui, novateur. Françoise Hamel met la lumière sur un fait peu connu, ce qui est plaisant. De même, l'ambiance qui règne en arrière-plan (les nouvelles idéologies, les nouvelles découvertes...) nous plonge dans cette époque est nous en apprend un peu plus sur cette période de trouble, annonciatrice des événements importants  qui vont suivre.

Malgré tout, je n'ai pas réussi à entrer dans le récit totalement. Si l'héroïne est une force, son point de vue apporte une faiblesse au récit. Elle ne peut nous raconter que ce à quoi elle a directement assisté, et souvent en tant que spectatrice plutôt qu'actrice, ou ce qu'on lui a raconté. Il y a un effet de rumeurs rapportées, d'éloignement avec les faits, une impression de voir ce qui se passe "de loin". De même, beaucoup de choses évoquées restent des "choses évoquées", qui participent à l'ambiance générale mais sans être approfondi puisqu'elles ne sont pas le sujet de ce roman, ce qui pour ma part à renforcer l'effet de spectateur plutôt que d'acteur, et ainsi d'un éloignement.
Le système de Law est, quant à lui, complexe, et l'héroïne elle-même ne le comprend pas entièrement, ce qui nous éloigne encore d'une immersion totale.

Quelques soucis avec l'édition numérique que j'ai lue m'ont aussi un peu perdu dans ma lecture. Lors des dialogues, il y a parfois des tirets, pour annoncer qu'un personnage parle, et parfois non, et cela dans un même dialogue, à tel point que je ne savais plus si un personnage parlait ou l'héroïne se faisait une réflexion à elle-même.

Au final, Un palais de papier est un roman intéressant, qui met en avant un événement peu connu, mais qui malheureusement ne m'a pas passionné.





Merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour m'avoir permis de découvrir Un palais de papier !