samedi 4 février 2017

♡♡ Dogra Magra - Yumeno Kyusaku


  Œuvre stupéfiante, inclassable, Dogra Magra est à la fois une performance d'écriture inégalée et un extraordinaire roman policier au programme paradoxal : un roman où les détectives sont les criminels.
Ou plutôt, un roman où l'assassin est la victime. Un amnésique se réveille en pleine nuit dans la chambre d'un hôpital psychiatrique. Nous le verrons se débattre au milieu d'une toile d'araignée tissée par les docteurs de l'institution, à la recherche de son identité et de son éventuel rapport avec une mystérieuse affaire criminelle. Qui est Kure Ichirô ? Quelle terrible malédiction poursuit la lignée de sa famille et se réveille dans ses gènes ? Le lecteur, entraîné dans une spirale de plus en plus serrée de coups de théâtre et de renversements de perspective, perd toute notion de l'espace et du temps et sent son esprit lui échapper, pris d'un vertige ontologique.

595 pages - Policier / hors catégorie - 1935


Les + :
- une intrigue captivante
un livre qui vous entraîne bien plus que vous ne pouvez l'imaginer...
des sujets et une critique du Japon intéressants




Ce que j'en ai pensé :
Ça fait déjà plusieurs semaines que j'ai fini Dogra Magra. Après avoir réussi à me remettre de mes émotions, je me suis efforcée de faire une critique qui lui rend hommage, de donner mon avis, clair et construit, pour partager mon émoi. Mais impossible de rendre compte de l'effet que ce roman a eu sur moi. Alors je vais commencer cette chronique par un avis minimaliste mais qui décrit le plus exactement ce que j'ai envie de vous dire :
Ce roman est une expérience exceptionnelle. Lisez-le.

Dogra Magra est un roman intriguant. Les premières pages s'ouvrent sur un homme amnésique, le narrateur, qui semble être un patient enfermé dans un asile. Très vite, le docteur en psychiatrie Wakabayashi lui annonce qu'il est impliqué dans une affaire criminelle, mais refuse de tout lui révéler d'un coup. Tourmenté par les expériences des médecins, par cette jeune patiente qui l'interpelle, par sa méfiance et son trouble, le narrateur est perdu dans une quête et une enquête d'identité et de vérité qui semble complexe.

En parallèle, alors que le trouble continue et s'accentue pour le narrateur, c'est l'histoire du lecteur qui se dévoile, ce lecteur qui ignore, comme le narrateur, dans quoi il s'est lancé et ce qui l'attend. Tout comme le personnage principal est face au médecin psychiatre, le lecteur, moi, j'étais face à l'auteur. Lentement, sans s'en rendre compte, l'auteur s'assoit à côté de vous, engage un dialogue, et on devient un protagoniste du roman, dans une histoire parallèle et en résonance avec celle du narrateur. On commence à douter, comme le narrateur. "Attendez, qu'est-ce qu'il me raconte l'auteur ? Il n'est pas en train de me raconter n'importe quoi ?". Et à chaque rebondissement dans l'intrigue du narrateur, c'est un rebondissement dans mon intrigue de lecteur, c'est l'auteur qui m'interpelle, qui nous entraîne dans le doute et la folie. Alors, je me demande si ce roman, c'est l'histoire de ce narrateur qu'on veut me raconter, ou si c'est le lecteur qui y joue le rôle principal.
Ce roman, c'est à la fois une histoire, et une expérience. Et ce qui est génial, c'est que d'un côté l'histoire est captivante, et de l'autre, on est complètement pris dans un espèce de dialogue avec l'auteur, comme deux protagonistes d'un autre roman.

En plus de ce sentiment étrange et nouveau, l'auteur nous parle aussi de la psychiatrie au Japon dans les années 1920. Encore incomprise, pas tout à fait considéré comme une science sérieuse, les médecins ont du mal à faire avancer leurs recherches et les patients sont délaissés, maltraités, totalement incompris. Le trouble, quant à savoir ce qui tient de la pathologie ou non, ce qu'on peut croire ou non, qui est fou et qui ne l'est pas ?
Je ne peux pas vous parler de tout, mais Dogra Magra est un roman qui regorge de sujets et de réflexions intéressantes, en plus d'être captivant.

// Dogra Magra c'est un chef d'oeuvre, sans genre, tellement particulier, mais qui nous fait vivre une expérience captivante de bout en bout. L'auteur vous happe, avec un tel génie que ça en est presque effrayant.  Une oeuvre que j'ai vécu, et que j'ai envie de redécouvrir parce que je suis sûre d'y trouver encore des choses que je n'avait pas trouvé à ma première lecture. //



En bonus, je vous parle brièvement d'un petit anime, Bernard jou iwaku. On y suit une jeune lycéenne qui fait partie du club de littérature du lycée et qui se passionne à ce sujet. Seulement, elle n'aime pas lire...  C'est drôle, court (3 minutes par épisode), et on y parle de littérature. C'est dans l'épisode 5 qu'est évoqué Dogra Magra , et oui, c'est comme ça que j'ai découvert ce roman. Alors merci miss Bernard ! 


2 commentaires:

  1. Réponses
    1. Je pense que ça peut te plaire en plus; si tu as le temps par contre, il est un peu long x)

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