dimanche 27 octobre 2013

Le meilleur des mondes - Aldous Huxley (lecture commune avec Les chroniques d'Effy)


285 pages

Résumé :
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d'oeuvre de la littérature d'anticipation, a fait d'Aldous Huxley l'un des témoins les plus lucides de notre temps.
 "Aujourd'hui, devait écrire l'auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s'abatte sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d'ici là de nous faire sauter en miettes... Nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique."








Mon avis :
Le meilleur des mondes, un classique dont j'entends beaucoup parler qu'il me fallait lire. Je me suis donc lancée dans une lecture commune, pour que ce soit enfin chose faite. Et je dois avouer que si lors des premiers chapitres j'étais très enthousiaste, j'ai eu de plus en plus de mal à avancer dans ma lecture pour finalement aboutir à un constat : ce live aurait mieux fait de ne rester qu'un nom pour moi.




Bienvenue dans un monde où les Hommes naissent d'éprouvettes, sont hiérarchisés d'Alpha à Gamma, sont conditionnés pour faire la même tâche toute leur vie et "penser" comme il se doit. Bienvenue dans un monde où les codes et l'éthique ne sont plus les nôtres, bienvenue dans un monde où le soma vous préserve de toute douleur, bienvenue dans un monde parfait.
Même si cette utopie où les humains sont comparables à des robots n'a plus rien de très originale aujourd'hui, il faut dire qu'elle est bien en avance sur son temps en 1932. Malheureusement pour moi, je suis une lectrice du XXIe siècle, et l'originalité ainsi que le choc du monde présenté n'a pas marché sur moi.

Le principal problème qui a fait que je ne me suis pas du tout attaché au livre est que j'attendais quelque chose qui ne venait pas. Je m'attendais à une rébellion, de l'action, des pensées un peu poussée de la part des personnages. Or, le tout m'a paru plutôt plat, et même si les choses bougent, j'ai ressentie le tout comme une trame de fond sans rien de plus. Pour moi, Le meilleur des mondes ressemble plus à une ébauche, un plan de base de scénario qui attend qu'on y ajoute pleins de choses et qu'on creuse pour donner quelque chose de bien. J'aurai aimé une histoire plus longue et plus approfondie. Mais comme je le disais, je suis une lectrice du XXIe siècle, et le scénario de Le Meilleur des mondes est une base classique que l'on retrouve souvent en SF. Je pense qu'en 1932, ce court roman à fait son effet.
Autre point qui m'a dérangé, outre les personnages mais j'y reviendrai, c'est le manque de philosophie du livre. En effet, j'ai trouvé les personnages un peu faibles sur ce niveau-là. Je n'ai pas sentie de réelle volonté de changer le monde autre que le désir de vivre un amour unique et être accepté. Je les ai trouvés au final assez égoïste. Ils veulent faire quelque chose certes, mais ils veulent surtout que le monde s'adapte à leur envie. Seul Helmholtz m'a paru au-dessus de ça, malheureusement je le trouve trop peu présent. Ce qui m'a le plus embêter, c'est ce dialogue final entre l'Administrateur et les personnages principaux, dans lequel j'ai presque été plus convaincu par l'Administrateur. Il a un côté altruiste devant lequel les héros font pâle figure. Et même si l'utopie proposée ne me plaît évidemment pas, l'Administrateur ne donne pas envie de le blâmer pour autant. De plus, il fait partie de ces gens qui prennent trop conscience d'eux-mêmes, et on apprend qu'ils ne finissent pas si mal. Les bases du monde ont un problème, mais l'Administrateur est, pour moi, comparable à Bernard et Helmholtz.

Malgré tout, l'auteur a fourni un véritable travail pour nous emmener dans un monde crédible, que l'on s'imagine sans soucie. Pas d'incohérence, tout se tient, et surtout, tout est possible. C'est ce qui rend ce livre si écœurant et effrayant, sa possibilité d'être. Les premiers chapitres sont très scientifiques, en ne restant pas trop difficile à suivre. Ils sont très travaillés, comme chaque détail qui permet à ce monde d'exister.
Il est également plaisant de retrouver des références qui s'imbrique parfaitement dans l'histoire, tel que Marx (le nom du héros), Ford ou des vers de Shakespeare.


Passons maintenant à la partie qui m'a le moins plus : les personnages.
J'ai eu beaucoup de mal à me faire aux personnages, et honnêtement, j'ai espéré jusqu'à la fin qu'un autre personnage arrive. Pourtant,  la présence d'Helmholtz aux côtés de Bernard me plaisait bien, malheureusement il est trop effacé à mon goût.
Bernard Marx, le personnage principal de ce roman. Humain de la catégorie Alpha-plus, mais suite à un problème lors de sa conception, il est né quelque peu différent des autres, et est rejeté. Il prend alors conscience qu'il n'est pas une partie d'un groupe d'individu mais un individu à part entière. Sauf que voilà : rejeté par les autres, Bernard est peu sûr de lui, agressif, est surtout jaloux. Et cela se ressent tout le long du roman, Bernard est jaloux de ne pas être comme les autres, et de ne pas avoir ce qu'il veut. Il passe alors son temps à s'apitoyer sur son sort et à médire sur les autres, ce que je trouve insupportable. Il veut changer le monde, mais seulement pour ce qui l'arrange. En effet, quand ça s'arrange pour lui, il ne pense plus à changer ce qui l'écœurait auparavant.
Lénina quant à elle est une parfaite humaine de cette société, connaisseuse des codes, qui fait ce pourquoi elle a été créée et ne demande rien. Seulement, elle commence à ressentir des choses qui vont à l'encontre des codes. Elle essai cependant de se soumettre à ce qu'elle doit être jusqu'à sa rencontre avec Bernard puis John. Alors tout bascule, est ont suit une Lénina qui commence à remettre le monde en question. Elle reste malgré tout encrée dans la société, mais j'ai aimé voir ce personnage évolué un peu.
John, dit "le sauvage", est en quelque sorte un "vestige" de l'ancienne société. Il a des parents, des traditions, des rites, de l'affection pour les siens et l'envie d'aimer. Malheureusement pour lui, il est traité comme un animal tout sa vie, d'abord dans un zoo, ensuite exposé comme une bête de foire et enfin poursuivi par des hommes désireux de voir un vrai "sauvage". John est le plus humain de tous, mais j'ai eu du mal à m'y attacher. En effet, tous ces traitements l'on rendu très agressif, trop. Et cette agressivité l'empêche de faire beaucoup plus, selon moi.


En bref :
+ Un monde crédible et travaillé, des références plaisantes à voir, Lénina est intéressante.
- Impression que l'histoire n'est qu'une trame de fond, manque d'implication des personnages dans leur combat, Helmholtz trop effacé, héros insupportable, déception.

Citations :
"Avec leurs mères et leurs amants, avec leurs prohibitions pour le respect desquelles ils n'étaient pas conditionnés, avec leurs tentations et leurs remords solitaires, avec toutes leurs maladies et leur douleur qui les isolait sans fin, avec leurs incertitudes et leur pauvreté, ils étaient contraints de ressentir fortement les choses. Et, les ressentant fortement (et fortement, qui plus est, en solitude, dans l'isolement désespérément individuel), comment pouvaient-ils être stables ?" p.59-60
"-Le retour à la culture. Oui, vraiment, à la culture. On ne peut consommer grand-chose si l'on reste tranquillement assis à lire." p.69
"-Il y avait une chose appelée Ciel ; mais ils buvaient néanmoins des quantités énormes d'alcool." p.72
"Le bonheur est un maître exigeant, - surtout le bonheur d'autrui. Un maître beaucoup plus exigeant, si l'on n'est pas conditionné pour l'accepter sans poser de questions, que la vérité." p.252

5.5/10
Challenge romans cultes 5/6

Lecture commune avec Les chroniques d'Effy => sa chronique

11 commentaires:

  1. J'ai très très envie de le lire, il est dans ma PAL. J'espère que malgré les points négatifs que tu soulèves il va quand même me plaire :)

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    1. J'espère aussi qu'il va te plaire même si ce ne fut pas le cas pour moi !
      Un conseil, n'en attend juste pas trop. Les classiques, on en fait toujours des légendes, c'est pour cela qu'on est souvent déçu au final...

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  2. Il faut le prendre pour ce qu'il est : un classique qui a ouvert le genre, et bien en avance sur son temps.
    Après, j'ai toujours trouvé que 1984 était bien plus abouti. Mais cela reste une référence. Une référence ne voulant pas nécessairement dire que c'est un livre transcendantal (un peu comme la guerre des mondes si je puis me permettre).

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    1. Voilà, c'est pour ça que j'ai essayé d'être indulgente tout de même. C'est sûr que l'auteur a bien du mérite à avoir écrit se livre, même si sa lecture n'a pas été plaisante pour moi.

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  3. Je suis d'accord avec toi sur beaucoup de points qui font que le livre ne m'a pas non plus emballée énormément. Il est parfois long et décevant, comme toi, je m'attendais à des soulevements et des protestations, et la violence et l'égoïsme des personnages gâchent parfois le livre. Si ma chronique ne dit pas tout ce qui m'a déplu car c'est un livre sur lequel je suis vite passée tant il m'a parfois enervée, il en reste un classique important dont certains points sont intéressants, mais je reste d'accord avec toi !
    J'ai adoré quand même faire une lecture commune et partager avec toi, et je vais mettre le lien vers ta chronique. Elle est superbe, n'empêche, et j'aime beaucoup lire tes avis !

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    1. Le travail de l'auteur est très bon, c'est indéniable, et ça restera un très bon classique, même s'il n'est plus aussi intéressant qu'à l'époque.
      Merci beaucoup pour ses compliments ^-^ Si jamais une autre lecture commune te tente un de ces jours, n'hésite pas ! :)

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  4. Argh! Ça fait un bon moment qu'il est dans ma PAL et je n'ose jamais le sortir en ayant entendu tant de bien :(
    J'avoue que ton avis va me pousser à le laisser un peu plus longtemps en stand by ! :p

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    1. Il vaut quand même le coup d'être lu, donc si tu as l'occasion, il ne prend pas beaucoup de temps :)

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  5. Ah ben voila, c'est exactement ce que j'ai ressenti à la lecture ! Je me sens moins seul du coup
    Très belle critique, bravo !

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  6. Va savoir pourquoi, on refuse de mettre mon pseudo cette fois, enfin bon, c'est toujours julycece ^-^

    ... Moi j'ai beaucoup aimé /pars se cacher/
    C'est justement tes points négatifs qui ont fait que ce livre m'a plu. Je pense qu'il ne faut pas le comparer aux dystopies que nous avons l'habitude de lire, là les héros n'ont pas cette flamme propre au XXI° qui fait que tout le monde aime se rebeller (parfois même pour des broutilles). Ce qui arrive arrive un point c'est tout. Les hommes sont conditionnés pour être ce qu'ils sont, ils ne connaissent rien d'autre et se complaisent dans leurs habitudes loin d'être louables.
    J'ai trouvé que nous ressemblions bien plus aux pauvres héros de ce roman qu'aux rebelles qu'on peut trouver aujourd'hui. Il y a, de nos jours, pas mal de choses qui mériteraient que l'on se battent pour les changer, nous le savons mais nous ne faisons toujours rien. Du coup les personnages m'ont paru extrêmement réalistes, peut-être trop d'ailleurs et le livre m'a plus d'une fois mise mal à l'aise en fait ^-^
    Et d'une manière générale nous nous rapprochons un peu trop de cet avenir, tout le monde le dit, c'est une des caractéristiques de ce livre. Pourtant, personne ne fait quoi que ce soit pour changer la tendance. Et nous, qui en avons conscience, observons le mur contre lequel nous allons nous heurter, avancer lentement mais sûrement vers nous. Comment, après ça, blâmer ces héros qui ne font, au final, pas grand chose non plus ? ^-^'

    Quoiqu'il en soit je suis d'accord, qu'on aime ou qu'on aime pas, c'est un livre à lire :)

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  7. Je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à ne pas avoir aimé... Je ne l'ai même pas terminé et ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai tenté de le lire 3 fois. Mais là j'abandonne. Le sujet est fort intéressant et très actuel, mais comme tu le dis il manque plein d'éléments pour en faire une lecture intéressante.

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